J’ai choisi le Maghreb

Par Modéra Yi-Zompe Bazié , pb Mon histoire avec le Maghreb a commencé depuis le Noviciat où comme chaqueconfrère, je […]

Par Modéra Yi-Zompe Bazié , pb


Mon histoire avec le Maghreb a commencé depuis le Noviciat où comme chaque
confrère, je devrais proposer où aller pour mon expérience apostolique de deux ans.
Venant d’une famille nucléaire chrétienne et celle élargie, multi-religieuse, je
désirais connaître l’islam au-delà de l’expérience familiale et amicale et de tout ce que
j’entendais non seulement des musulmans mais encore plus de leur religion. C’est pourquoi, lors
de la visite du chargé de la formation initiale d’alors (P. Bob Tebri), j’exprimais mon désir de
faire mon expérience apostolique dans un milieu musulman et de préférence (Tanzanie ou
Nigéria). La réponse du P. Bob Tebri était : « oui pour l’expérience avec les musulmans, mais je
te propose le Maghreb ».


Dès lors, je me suis convaincu que je serai en stage au Maghreb ; lundi de Pâques 2018,
les nominations sont publiées et me voilà nommé pour l’Algérie. Je me convaincs du grand désir
d’apprendre l’Arabe qui est souvent assimilée par plus d’une personne à l’islam. L’expérience
de mon stage apostolique en Tunisie après l’attente sans suite du visa algérien me donnant
l’occasion d’apprendre le dialecte tunisien et de faire vie sociale avec les Tunisiens dans ma
particularité chrétienne. C’est le premier départ de mon choix, oui « j’ai choisi le Maghreb ».
Le choix du Maghreb se confirmera progressivement et s’est renouvelé après mon
serment missionnaire en novembre 2023. Où veux-tu aller pour ta première mission ? À cette
question du P. Anselme (ancien provincial du Maghreb pendant mon stage apostolique),
actuellement membre du conseil général lors des rencontres individuelles avec chacun des
diacres, ma réponse première peu étonnante était : « je ne connais que le Maghreb, et bien je
choisi le Maghreb ».


Jeune prêtre, les parents, promotionnaires, les aînés dans le sacerdoce, les amis et bien
d’autres sont perdus à l’annonce de ma nomination à la cathédrale saint Augustin de Koudougou,
le 13 Juillet 2024 après l’ordination. Les questions sont multiples et certaines sans réponses. Les
plus récurrentes : Pourquoi le Maghreb et pourquoi toi ? As-tu choisi d’aller en Algérie, le pays
raciste ? Certains aînés prêtres expriment leur regret : « jeune-homme, courage mais que vas-tu
faire de ta prêtrise en Algérie ? » D’autres religieux et chrétiens et même des amis musulmans
m’interrogeaient : est-ce pour aller se faire humilier et subir le racisme et le rejet ? Veux-tu
vraiment aller où un effort national est fait pour effacer les traces de la chrétienté dans la mémoire
collective et où une grande mosquée, la plus grande d’Afrique est construite sur les ruines de
votre premier noviciat ? De l’autre côté, je répondais : « oui j’ai choisi le Maghreb » même si je
ne peux pas vous expliquer ou vous convaincre de ce choix. Sans comprendre plus, quelques
uns disaient : « il est Père Blanc, c’est là leur mission et leur lieu de naissance ».

Quelle est ta raison d’être de vivre au Maghreb, en Algérie ? C’est la question de
nombreux prêtres, religieux et religieuses, amis, frères et même de certains confrères en mission
sur des terres chrétiennes. Je suis convaincu de la nécessité de rendre raison de l’espérance en
moi. Car, le dit saint Pierre : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez
prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison
de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience
droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de
vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ » (1P3, 15-16). Parmi ceux qui ne
comprennent pas mon choix du Maghreb et qui demandent les raisons de ma présence sur cette
terre en tant que jeune et prêtre sont les Algériens en premier. En effet, certains Algériens qui ne
comprennent pas mon choix du Christ et du sacerdoce et ses exigences, sont pour moi, des motifs
de joie puisqu’ils me donnent de discerner et d’approfondir ma relation avec le Christ que j’ai
choisi. Ainsi, leur étonnement à mon choix du sacerdoce m’engage quotidiennement à rendre
raison de l’espérance qui m’habite par ma vie.


Oui choisir de rendre présent le Christ par ma vie dans un contexte où tout geste mal
interprété peut être considéré comme du prosélytisme, loin d’être pour moi, une peur, est un défi
qui confirme mon choix. Quelle mission pour un jeune prêtre ici au Maghreb, sans une vie de
paroisse, sans célébration des sacrements ? Est-ce pour lire et faire lire les livres selon que
certains confrères le perçoivent en étant en dehors du Maghreb ?
Le témoignage sacerdotal doit-il se résumer à la vie paroissiale ? La mission prophétique
du jeune prêtre n’est-ce pas annoncer l’évangile, être témoin du Christ ? N’est-ce pas aussi porter
la voix des marginalisés, des pauvres, des personnes en situations de migration ? Il est évident
que cette dernière mission, celle de porter la voix des sans voix semble être étouffée par des lois
qui demandent du prêtre la prudence et souvent même le silence. Comment être témoin de JPIC
dans une telle mission ? Voilà un défi majeur du jeune prêtre.


Choisir de vivre dans une majorité musulmane est une richesse certes mais, le jeune prêtre
peut être exposé aux grands défis de l’oisiveté, d’un relativisme religieux ou d’un intégrisme
catholique sans aucune ouverture. Et donc, devenir un agent d’un dialogue musclé avec les
croyants de l’islam sous le prétexte qu’ils ne comprennent rien de la vérité évangélique. Le vrai
dialogue dont je me suis convaincu, c’est de vivre avec ce peuple du Maghreb auquel je suis
envoyé en toute sincérité, c’est de témoigner de la présence du Christ au milieu eux, dans une
vraie charité, respect de leur identité musulmane. La crainte du relativisme s’explique par le fait
de prétendre au nom d’une certaine solidarité, amitié ne voir que des similitudes sans jamais faire
attention à mon identité de chrétien et prêtre de l’Église catholique romaine. Ainsi, voulant vivre
par solidarité au peuple, le ramanda au lieu du carême ou encore se convaincre que pour respecter
la culture préférer la formule : « باسم هللا” en lieu et place de la prière de bénédiction du repas. Bref,
c’est le défi qui guette plus d’un prêtre, jeune ou adulte dans le sacerdoce dans un contexte du
Maghreb.


Malgré ces grands défis majeurs, « j’ai choisi le Maghreb » pour la cause du Christ et son
Évangile. Mais le premier choix, est le Christ et sa mission qu’il a confiée à son Église qui la
partage avec la Société des Missionnaires d’Afrique dont je suis membre. Ainsi, choisir le
Maghreb n’est pas une option fondamentale, car l’option fondamentale est la prêtrise à la suite
du Christ et cela me rend disponible et libre de quitter le Maghreb sans regret pour toute autre
mission à laquelle la Société des Missionnaires d’Afrique m’appellera. Cette disponibilité
missionnaire est l’explication de ma devise sacerdotale : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien
que je t’aime » (Jn 21, 17).

Par Modéra Yi-Zompe Bazié , pb

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